Ouvrir une messagerie, consulter une carte, choisir un moyen de transport puis mettre à jour un agenda : une action courante peut aujourd’hui imposer de passer par plusieurs interfaces. Carl Pei, fondateur et PDG de Nothing, imagine un autre fonctionnement du smartphone. L’utilisateur formulerait une intention au système d’exploitation, chargé ensuite de coordonner les services nécessaires.
En bref
- Carl Pei défend l’idée d’un smartphone organisé autour d’un système d’exploitation assisté par des agents IA.
- Les applications pourraient coexister avec ces agents tout en devenant, dans certains usages, une infrastructure de services.
- La fiabilité et la sécurité restent des conditions déterminantes avant toute délégation de tâches à un agent.
Cette vision ne décrit pas la disparition imminente des applications. Elle propose plutôt de déplacer leur rôle. Au lieu d’être systématiquement l’entrée du parcours, elles pourraient devenir des services mobilisés en arrière-plan par un agent intégré au téléphone. L’enjeu, pour l’utilisateur, serait moins de savoir quelle icône ouvrir que d’obtenir une réponse adaptée à sa demande.
Une intention plutôt qu’une succession d’écrans
Le scénario avancé repose sur un système d’exploitation capable d’orchestrer les interactions numériques. Plutôt que de naviguer lui-même entre plusieurs applications, l’utilisateur exprimerait ce qu’il souhaite accomplir. L’agent analyserait cette demande et solliciterait les services concernés.
Cette approche modifie la place habituelle de l’écran d’accueil. La grille d’icônes, les menus et les formulaires resteraient disponibles, mais ne constitueraient plus nécessairement le point de départ de chaque action. Carl Pei envisage même qu’à terme, le système d’exploitation soit la seule application visible sur le téléphone.
Le principe présenté ne consiste donc pas à supprimer les fonctions assurées par les applications. Il vise à rendre leur accès moins direct dans certains parcours. Une réservation, une recherche ou une organisation pourraient être déclenchées depuis une même interface, sans que l’utilisateur ait à ouvrir successivement chaque service.

La transformation envisagée concerne avant tout l’interface entre l’utilisateur et les services. Les applications pourraient continuer d’exister, tout en étant moins souvent consultées comme destinations autonomes.
Des services appelés en arrière-plan
Dans cette configuration, les fonctions aujourd’hui regroupées dans une application pourraient être sollicitées par un agent via des interfaces de programmation applicative, appelées API, ou par des connexions MPC. L’objectif n’est pas de reproduire automatiquement des gestes humains dans une interface conçue pour un écran. Il s’agit de permettre aux services d’échanger avec un intermédiaire logiciel adapté à l’exécution de demandes.
Le modèle soulève une évolution possible pour l’écosystème des applications mobiles. Une application associe généralement une interface, des données et des fonctionnalités. Dans le scénario défendu par Nothing, certaines de ces fonctionnalités pourraient être appelées depuis le système d’exploitation ou par l’agent qui reçoit la demande de l’utilisateur.
Le service resterait alors présent, mais son identité visuelle pourrait s’effacer dans une partie du parcours. Un utilisateur pourrait obtenir un résultat sans passer par l’écran propre à chaque application. Cette hypothèse implique toutefois que les services puissent communiquer de manière structurée avec les agents appelés à les solliciter.
La vision d’une interface davantage contextuelle et pilotée par des agents est présentée dans cet éclairage consacré au projet de Nothing. Elle place le système d’exploitation au centre de l’expérience mobile, non plus seulement comme un environnement qui lance des applications, mais comme une couche capable de coordonner des services.
Une transition annoncée, pas une bascule acquise
Les applications ne disparaîtraient pas instantanément dans cette projection. Elles pourraient coexister pendant un temps avec des agents d’IA, qui prendraient progressivement en charge certains parcours. Leur rôle deviendrait alors moins visible pour l’utilisateur, sans que les services qu’elles proposent cessent nécessairement d’être utilisés.

Cette coexistence évite de présenter le changement comme une rupture déjà engagée à grande échelle. La déclaration de Carl Pei reste une orientation portée par le dirigeant de Nothing. Elle dépend de la capacité des agents à interagir correctement avec les services, ainsi que de leur adoption dans les usages quotidiens.
La fiabilité et la sécurité au centre
Confier une tâche à un agent ne revient pas seulement à demander une information. Le système doit comprendre l’intention formulée, sélectionner les services appropriés et exécuter l’action de façon fiable. La sécurité des échanges et la fiabilité de l’exécution figurent donc parmi les conditions essentielles de cette évolution.
Ces exigences pèsent directement sur la crédibilité du modèle. Un agent appelé à agir pour l’utilisateur doit éviter les erreurs d’interprétation et gérer correctement les accès nécessaires aux services. Le défi ne se limite pas à une interface plus fluide : il porte sur la confiance accordée à un système qui coordonne des actions numériques.
Un horizon encore incertain pour l’expérience mobile
Carl Pei situe cette transformation dans un horizon compris entre sept et dix ans. Cette échéance doit être comprise comme sa projection, non comme un calendrier établi pour l’ensemble du marché mobile. Les habitudes d’usage, la disponibilité de services compatibles et les progrès réalisés sur la fiabilité des agents détermineront l’ampleur de la transition.
Le point central reste néanmoins clair : les applications pourraient ne plus être l’unique porte d’entrée vers les services numériques. Dans le modèle décrit, elles deviendraient davantage une infrastructure utilisée par des agents, tandis que l’utilisateur s’adresserait d’abord au système d’exploitation. Les conditions techniques et de sécurité nécessaires à ce changement restent toutefois à réunir, comme le rappelle le scénario rapporté autour de cette prise de position.
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