Une usine française peut s’arrêter faute d’un seul fournisseur, selon Kali Group
Après les arrêts de Stellantis à Sochaux et Rennes, un dirigeant de Kali Group juge que la relance industrielle se joue chez les fournisseurs.
En bref
- Stellantis a annoncé des arrêts de production dans plusieurs sites français, dont Sochaux et Rennes.
- Selon Fabien Triay, une usine moderne reste exposée à la défaillance d’un seul maillon amont.
- Les investissements diffus chez les fournisseurs auraient, d’après lui, un effet de levier.
Ouvrir une usine en France ne garantit pas qu’elle produira : il suffit qu’un maillon situé en amont cède ou sature pour que tout s’arrête. C’est la thèse défendue par Fabien Triay, CEO de Kali Group, dans une tribune publiée par le Journal du Net. Son point de départ est l’actualité de Stellantis.
Des arrêts qui disent autre chose qu’un revers de l’électrique
Stellantis a annoncé des interruptions de production dans plusieurs sites français, parmi lesquels Sochaux et Rennes. Elles tiennent à des contraintes d’approvisionnement en batteries longue autonomie. Fabien Triay y voit autre chose qu’un nouvel épisode des difficultés de l’automobile électrique européenne : selon lui, une usine implantée en France, qui emploie plusieurs milliers de personnes et dispose d’équipements récents, reste vulnérable à la défaillance ou à la saturation d’un seul maillon en amont.
D’après lui, on mesure surtout le retour de l’industrie à ce qui se voit : ouvertures de sites, relocalisations, gigafactories, montants investis, emplois annoncés. Ces repères sont nécessaires, mais ils renseignent peu sur la robustesse réelle de l’appareil productif, car une usine dépend de composants, de matières, de procédés, de fournisseurs qualifiés, de capacités logistiques et de niveaux de rendement qui doivent progresser de concert.
Comment un goulet d’étranglement plafonne tout
L’auteur illustre le mécanisme par un exemple tiré du secteur manufacturier.
Dans ce cas, renforcer les moyens en aval ou ajouter des équipes ne change rien tant que le point de blocage n’a pas été repéré, puis supprimé.

À l’échelle d’une filière, le raisonnement serait identique. L’Europe peut investir massivement dans l’assemblage de véhicules électriques ; si la production de cellules, de composants électroniques, de matériaux critiques ou d’équipements ne suit pas la même cadence, la capacité installée en aval demeure en partie théorique, soutient l’auteur. Il propose de poser une seconde question à côté de « quelles usines construire » : quelles capacités intermédiaires risquent d’empêcher ces usines de tourner ? Cela conduit, dit-il, à repérer les fournisseurs incapables de suivre une montée en cadence, les procédés maîtrisés par très peu d’acteurs et les composants sans solution de remplacement rapide.
Où placer l’argent : les investissements qui se voient peu
Une nouvelle implantation produit une annonce, un bâtiment et des emplois identifiables. La tribune met en avant des dépenses moins spectaculaires, dont l’effet sur la production réelle serait plus direct :
- augmenter la capacité d’un fournisseur de rang 2 ;
- automatiser une étape critique ;
- qualifier un second procédé ;
- réduire un taux de non-conformité.
Selon l’auteur, dans certaines filières, une enveloppe de quelques millions placée au bon endroit peut débloquer une capacité bien supérieure en aval, alors que des centaines de millions versés à un site final rapporteraient moins si le goulet reste entier.
La France ne part pas de zéro : son industrie manufacturière compte près de 2,84 millions d’emplois salariés et environ 65 milliards d’euros d’investissements par an, d’après la tribune. L’enjeu ne serait donc pas seulement de créer des capacités, mais de rendre l’outil existant plus robuste et moins tributaire de quelques maillons critiques.
Fabien Triay estime que la prochaine étape de la réindustrialisation se jouera davantage chez les fournisseurs et dans les ateliers : capacités des machines, rendements, qualification, automatisation, montée en cadence. À ses yeux, une industrie souveraine se définit par sa capacité à identifier ce qui peut arrêter ses usines et à traiter ces dépendances avant l’arrêt de ligne.
Photo : Auto Tech / Pexels