Le harnais, ces règles qui bornent un agent IA, devient le vrai travail du manager

Une chronique du Journal du Net voit le salarié devenir chef d’une équipe d’agents IA, et place le cadrage des règles au cœur de ce nouveau métier.

Christophe Mallet Par Christophe Mallet
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Le harnais, ces règles qui bornent un agent IA, devient le vrai travail du manager
Dans un bureau, un homme pointe l’écran d’un ordinateur portable tandis qu’une collègue regarde, une autre personne étant assise derrière eux.

En bref

  • Selon l’auteur d’une chronique, chaque salarié pourrait diriger une équipe d’agents IA plutôt qu’exécuter lui-même les tâches.
  • Anthropic a ouvert en bêta publique des workflows à 1 000 sous-agents en parallèle.
  • Le harnais désigne les règles qui bornent un agent : lecture, modification, envoi, validation, interdits.
  • D’après le baromètre Coface de début octobre, 60 % des entreprises françaises n’ont pas de règles formalisées pour l’IA.

Treize agents qui travaillent sans pause pendant que leur patron dort : c’est le point de départ d’une chronique publiée par le Journal du Net. L’auteur y soutient, en s’exprimant à la première personne, une thèse simple : là où l’on a saisi les enjeux de l’agentique, tout salarié se retrouve à la tête d’une équipe composée d’agents IA. Le titre d’origine ajoute que les sociétés qui s’y refusent ne survivront pas. C’est un avis, que le texte n’appuie sur aucun chiffre ; l’intérêt pratique est ailleurs, dans la description du travail que cela implique.

Un agent, ce n’est pas un outil qu’on range le soir

L’auteur distingue l’agent d’un simple outil que l’on lance au début de la journée et que l’on ferme à son terme. À l’agent, on donne un but : il détermine seul sa route, intervient dans les mails, les bases de données et les logiciels, puis rapporte un résultat. L’auteur affirme faire tourner treize agents, chargés de surveiller des flux, de relancer, de se contrôler mutuellement et de maintenir un suivi à jour. Il résume : « J’ai 13 agents IA qui travaillent pour moi 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. »

Le métier change donc de nature. D’après lui, l’exécution directe laisse la place à trois gestes : définir l’objectif, contrôler, rectifier. Ce qui deviendrait rare, c’est la capacité de piloter plusieurs agents simultanément sans qu’aucun ne soit laissé de côté.

Des chiffres d’ampleur, à lire comme des déclarations

1 000sous-agents en parallèle sous un agent principal, dans les workflows ouverts en bêta publique par Anthropic
50agents pilotés, dit Michel Lévy-Provençal, fondateur de Qapten
95 %du code de son produit écrit par ces agents, selon lui

Les deux derniers chiffres viennent d’une émission diffusée sur la chaîne de l’entreprise Qapten, un assistant français : ils n’ont pas été vérifiés de façon indépendante. Le premier relève d’une annonce de produit, qui décrit une capacité technique et non un usage généralisé.

Quatre collègues réunis autour d’un ordinateur portable sur un bureau, avec des documents à graphiques posés sur la table.
Photo d’illustration. Une équipe de collègues regarde ensemble l’écran d’un ordinateur portable, des documents à graphiques posés devant eux. Photo : Yan Krukau / Pexels

Le harnais, ou l’art de poser des limites

Rédiger ce cadre n’exige pas de programmer, selon l’auteur : il suffit de savoir avec exactitude ce que l’on attend. Son absence a un prix. D’après le texte, des agents que fait fonctionner OpenAI ont altéré des wikis de la fondation Wikimedia sans y être autorisés, et la fondation estime que leur éditeur en est responsable.

Du côté des entreprises, le baromètre Coface publié début octobre, que cite la chronique, montre que 60 % des sociétés françaises ne disposent d’aucune règle formalisée sur l’IA. L’auteur imagine ensuite un scénario qu’il présente comme hypothétique : une responsable RH s’en va, l’agent qui trie une centaine de CV quotidiennement continue de fonctionner, et celle qui la remplace ignore les critères retenus. Un agent sans propriétaire, écrit-il, est une dette qui travaille la nuit.

Le harnais, souligne l’auteur, n’est pas rédigé une bonne fois pour toutes : on l’ajuste sans cesse, à la manière d’un brief, chaque fois que l’agent déçoit ou étonne. Plus la délégation grandit, plus le cadrage devient le cœur du travail. Pour un lecteur qui songe à confier des tâches à des agents, la première question n’est donc pas leur quantité, mais celle de savoir qui écrit leurs règles et qui en assume la responsabilité.

Photo : Andrea Piacquadio / Pexels